
Mercredi, en tant que rapporteur de la commission des affaires sociales,
j'ai présenté à l'Assemblée nationale, ma proposition de loi relative à l’exercice des professions de médecin, chirurgien-dentiste, pharmacien et sage-femme pour les professionnels titulaires
d’un diplôme obtenu dans un État non-membre de l’Union européenne. Elle a été votée à l'unanimité :
" Le 15 décembre dernier, le Conseil constitutionnel, considérant qu’il s’agissait d’un cavalier législatif, a censuré l’article 51 de la loi de financement de la sécurité sociale pour
2012, qui encadrait les conditions d’exercice de certains professionnels de santé titulaires d’un diplôme obtenu hors Union européenne. Ce faisant, il a placé ces derniers dans une situation
extrêmement difficile, puisqu’ils ne sont habilités à poursuivre leur activité sous des statuts d’exercice restreint que jusqu’au 31 décembre 2011, dans le cadre de la procédure dérogatoire
d’autorisation sur examen. Dès lors, si aucune mesure législative n’intervient, plusieurs milliers de ces praticiens ne pourront plus exercer leurs fonctions.
La proposition de loi que j’ai déposée vise donc à répondre à ce problème et à garantir la continuité de fonctionnement des établissements français de santé, qui dépend en partie de ces
praticiens.
Le nombre exact des praticiens à diplôme hors Union européenne – PADHUE – semble difficile à déterminer. Selon le Centre national de gestion, ils seraient entre 6 700 et 7 100. Seuls
2 000 d’entre eux pourraient prétendre au bénéfice de l’actuelle procédure dérogatoire d’autorisation sur examen. S’agissant des seuls médecins, une étude publiée par un syndicat estimait
qu’en janvier 2007, près de 17 000 PADHUE exerçaient en France sur 214 000 médecins actifs. Parmi ces 17 000 praticiens, environ 10 000 bénéficiaient déjà d’une une
autorisation de plein exercice et 7 000 travaillaient encore sous des statuts d’exercice restreint, principalement ceux de « faisant fonction d’interne » et de « praticien
attaché associé ». Cette même étude indique que, selon une enquête menée en 2005, ces médecins sont, pour 67 % d’entre eux, des hommes et qu’il s’agit de personnes plutôt jeunes, la
majorité ayant moins de 40 ans. Ces praticiens ont, pour la plupart, obtenu leur diplôme en Algérie – 18 % –, en Europe de l’est – 17 % –, au Maroc et en Tunisie – 15 % –, ainsi
qu’en Afrique subsaharienne – 12 %.
La proposition de loi que j’ai l’honneur de vous présenter vise à réformer la procédure dérogatoire d’autorisation de plein exercice sur examen dont peuvent bénéficier certains PADHUE.
Cette procédure prévoit que la limitation du nombre de postes ouverts aux lauréats des épreuves de vérification des connaissances organisées dans le cadre de la procédure de droit commun ne
s’applique pas à ceux de ces praticiens qui ont exercé, sous des statuts précis déterminés par décret, des fonctions rémunérées avant juin 2004 et entre 2004 et 2006. Ces derniers
subissent donc les mêmes épreuves de vérification des connaissances que les professionnels relevant de la procédure de droit commun, mais ils sont soumis à un examen, et non à un concours, car la
limitation du nombre de postes ouverts ne leur est pas opposable. À l’instar des autres professionnels, ces praticiens doivent ensuite effectuer une période d’exercice probatoire avant de pouvoir
se voir délivrer une autorisation de plein exercice.
Entre 2007, année d’organisation de la première session d’examen, et 2010, près de 4 000 PADHUE ont réussi les épreuves de vérification des connaissances dans le cadre de la procédure
dérogatoire d’autorisation sur examen. Les résultats définitifs de la session 2011 ne sont pas encore connus, mais le ministère de la santé estime qu’environ 500 praticiens supplémentaires
devraient être reçus aux épreuves. Plus précisément, en 2011, 1 662 candidats se sont présentés. Ils étaient en majorité de nationalité française, leur âge médian était de 44 ans et ils
exerçaient principalement sous les statuts d’infirmiers et de faisant fonction d’interne dans des établissements publics, plus particulièrement en Île-de-France. Il s’agit, en général, d’hommes
qui pratiquent la médecine – 58 % –, la chirurgie – 14 % – ou la psychiatrie – 12 %.
La procédure dérogatoire d’autorisation sur examen permet surtout aux PADHUE, dans l’attente de leur réussite aux épreuves de vérification des connaissances puis de l’obtention de leur
autorisation de plein exercice, de poursuivre leur activité sous des statuts d’exercice restreint, et donc sous la responsabilité d’un professionnel de plein exercice, jusqu’à épuisement de leur
droit à se présenter aux épreuves de vérification des connaissances et au plus tard jusqu’au 31 décembre 2011.
Il est nécessaire aujourd’hui de prolonger et de réformer la procédure dérogatoire sur examen.
Le texte que nous allons examiner vise à la prolonger jusqu’au 31 décembre 2014. Je vous proposerai de la prolonger par amendement jusqu’au 31 décembre 2016, pour des raisons d’équité
entre les PADHUE. Il s’agit en effet de tenir compte du délai de trois ans durant lequel est offerte la possibilité de passer l’examen et de l’année de stage. Si le texte s’applique à compter de
fin 2012, il nous faut donner du temps au temps.
Le texte a également pour objet de permettre aux praticiens concernés de poursuivre leur activité actuelle jusqu’en 2014 – ou 2016, si l’Assemblée en décide ainsi – sous des statuts
d’exercice restreint, à condition qu’ils se présentent à la nouvelle épreuve de vérification des connaissances. La fixation d’une date butoir a pour objectif d’inciter les praticiens concernés à
se présenter à la nouvelle épreuve de vérification des connaissances dans les meilleurs délais, afin de diminuer au plus vite le nombre de professionnels qui ne bénéficient pas de la plénitude
d’exercice dans les établissements de santé.
Outre sa prolongation, je propose également une réforme de la procédure dérogatoire d’autorisation sur examen. Tout d’abord, serait créée une nouvelle épreuve annuelle de vérification des
connaissances, désormais distincte de celle de la procédure de droit commun. Cette épreuve consisterait en un examen sur titres et travaux, suivi d’un entretien avec un jury.
Ensuite, la proposition de loi a pour objet de limiter à une année la durée de la période d’exercice probatoire à effectuer une fois l’examen réussi. La durée de la période probatoire imposée aux
médecins et aux pharmaciens se trouvera donc réduite de trois à un an, mais elle demeurera inchangée pour les autres praticiens. Pendant cette année probatoire, les praticiens ne pourront
travailler que sous des statuts d’exercice restreint et donc sous la responsabilité d’un professionnel de plein exercice.
Pour pouvoir bénéficier de la procédure dérogatoire rénovée, et donc poursuivre leur activité actuelle, les PADHUE devront remplir trois séries de conditions relatives à leur diplôme, à leur date
de recrutement et à la durée et à la nature des fonctions qu’ils ont exercées en France.
Ils devront en particulier avoir été recrutés avant août 2010 pour les médecins, chirurgiens-dentistes et pharmaciens, et janvier 2012 pour les sages-femmes ; mais aussi justifier
d’un exercice professionnel d’une durée d’au moins trois ans, sous des statuts et dans des conditions fixés par décret. La fixation d’une condition de durée minimale d’exercice hospitalier vise à
limiter le droit à cette procédure dérogatoire aux praticiens réellement installés en France depuis un certain temps.
Enfin, la proposition de loi fixe au 1er janvier 2012 la date d’entrée en vigueur de ses dispositions, qui s’appliqueront donc de manière rétroactive, de façon à ce qu’il n’y ait
pas de trou de garantie en matière d’assurances.
La procédure dérogatoire d’autorisation sur examen prenant fin au 31 décembre 2011, cette mesure apparaît nécessaire pour régulariser, a posteriori, la période d’exercice
professionnel des praticiens concernés comprise entre le 1er janvier 2012 et la date d’entrée en vigueur de la loi.
Je tiens à souligner le consensus qui s’est dégagé autour de cette proposition de loi lors de sa discussion en commission des affaires sociales. Chacun a montré qu’il était conscient de la
nécessité de régler au plus vite la situation des PADHUE.
J’ai moi-même échangé avec le rapporteur du Sénat, M. Yves Daudigny, et nous nous sommes, en particulier, mis d’accord sur la nécessité de prolonger la procédure dérogatoire jusqu’en 2016 –
c’est là une mesure d’équité, que je vous proposerai d’adopter par voie d’amendement.
Enfin, les dispositions proposées permettront de régulariser la situation de nombreux hôpitaux, en particulier les centres hospitaliers généraux. À titre d’exemple, dans ma circonscription, ce
sont 30 praticiens sur les 160 que compte le centre hospitalier de Montargis qui auraient dû cesser leurs fonctions au début de cette année, ce qui remettait en cause le bon fonctionnement de
l’établissement. "
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